La vie dissimulée • Marinca Villanova

Parmi la rentrée littéraire cette année, il y avait ce titre des éditions Eyrolles qui est le deuxième roman de Marinca Villanova. Je les remercie de m’avoir proposé de le découvrir et je suis particulièrement heureuse de vous en parler aujourd’hui.

Résumé …

Et brusquement, le monde rassurant s’écroule. Le père de Nina part, son frère s’endurcit, sa mère se met au lit. Elles vont désormais rester toutes les deux. Nina guette les infimes variations de la présence de sa mère, dans le souffle de sa respiration ensommeillée, dans les silences de sa mélancolie. L’étau se resserre, les instants de joie hors de la maison sont des moments volés. L’enfant le sait, sa mère est devenue incapable de survivre sans elle. Personne ne doit deviner ce qui leur manque. Parfois, lorsque Nina est seule, l’odeur de la forêt revient. Celle de bois pourri, de fougère et de mousse trempée.

Mon avis …

Tout débute de la manière la plus banale qui soit, avec une séparation. Des couples qui se séparent, il y en a tant. Mais on oublie bien souvent l’impact que cela peut avoir sur les enfants qui voient leur cadre familial exploser en mille morceaux. Et puis, bien sûr, qui assistent impuissants à la détresse de leurs parents qui doivent remettre en question toute leur vie. Nina voit le lien entre ses parents se briser, son père s’éloigner et sa mère s’absenter. Quand elle les retrouve, son père vit dans une caravane et sa mère reste en peignoir toute la journée, dort à toute heure et ne quitte pas sa boite de médicaments.

Quand le roman commence, Nina part retrouver son père qui a refait sa vie. Il est devenu un inconnu et elle cherche à comprendre cet homme dont elle ne sait plus grand chose. Progressivement, elle va remonter le fil de son histoire familiale. Elle va raconter ce qui a brisé sa famille et l’enfance qu’elle et son frère ont eue. C’est avant tout le regard d’une enfant sur la déchirure familiale, sur le départ de son père et les souffrances de sa mère.

« Nous cachons notre pauvreté, un secret bien gardé, une solidarité sans faille qui nous maintient dans notre malheur car elle nous fait honte ».

Ce roman raconte la construction difficile voire impossible d’un enfant quand ses repères disparaissent. Quand on se retrouve seul, livré à soi-même, et que l’on nous impose de grandir un peu trop vite. Ce sont des parents absents, chacun à leur manière. C’est un frère plus âgé qui comprend les choses d’adultes que Nina ne comprend pas encore. Ce sont des enfants qui doivent composer avec ce manque de chaque jour. Qui observent sans comprendre les adultes autour d’eux qui se déchirent. Qui assistent impuissants à leurs défaillances. Même si cela signifie que les rôles s’inversent, il est évident que les enfants s’inquiètent pour leurs parents. A leur manière, ils veillent sur eux. Ce qui est extrêmement beau et touchant, c’est l’amour d’un enfant pour ses parents que rien ne peut remplacer. C’est cet amour aveugle envers la personne qui nous a donné la vie et de laquelle dépend notre bonheur.

En grandissant, Nina va voir le regard qu’elle porte sur ses parents évoluer. Elle va devenir plus dure, moins compréhensive. Elle se confronte à la réalité de sa vie qui n’est pas celle des autres familles. Elle en veut à sa mère qui ne sort pas de son lit, qui ne les nourrit pas. Elle lui en veut de ne pas travailler, de ne pas lui permettre d’avoir une enfance « normale ». C’est là toute la problématique du roman : les enfants grandissent avec des responsabilités d’adultes, et assistent sans pouvoir rien y faire à l’absence de plus en plus forte de leurs parents. Qu’ils soient là physiquement ou non, ils ne le sont pas en réalité et laissent leurs enfants complètement livrés à eux-mêmes.

« Il y a longtemps qu’elle ne cherche plus ses clés, son manteau, ne surveille plus l’heure dans la rue, ni ne sent la fraîcheur du vent dans ses cheveux. Ça s’est produit sans violence ni déclaration particulière. Maman n’est plus sortie. Depuis combien d’années ? »

L’autrice a réussi à se placer dans les pensées d’une enfant avec une justesse assez incroyable. Son métier de psychologue clinicienne l’a sans doute aidé à donner à son roman un si grand réalisme des mots et des émotions. Je suis toujours particulièrement touchée par les romans qui racontent le point de vue des enfants, car la pureté de leurs sentiments et leur innocence ne font que rendre le livre encore plus puissant. On aimerait presque que l’autrice ait choisi de raconter aussi le point de vue des parents pour réussir à cerner la complexité de cette histoire familiale, mais c’est aussi le mystère qui l’entoure, ces non-dits et ces silences dont Nina n’a pas connaissance, qui le rend aussi juste.

J’aurais peut-être aimé des confrontations plus claires entre les différents personnages et suivre l’évolution du personnage sur davantage d’année pour rendre le roman encore plus vivant. C’est un roman très introspectif avec très peu de dialogues, qui nous fait entrer dans les pensées de Nina, jusqu’à se rendre compte très exactement de ce que peut être sa vie. C’est un livre qui laisse de nombreux points en suspens mais qui raconte avec beaucoup de délicatesse la complexité des liens familiaux et la force des enfants quand les adultes autour d’eux n’en ont plus.

Pour résumer …

Avec ce roman d’une grande sensibilité, Marinca Villanova nous plonge dans l’esprit d’une enfant confrontée à la déchirure de ses parents et son innocence qui s’envole. Plein d’émotion et d’une grande justesse.

Ma note : ★★★★★☆
(15/20)

Cet article est sponsorisé.

2 réflexions sur “La vie dissimulée • Marinca Villanova

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