Le pavillon des combattantes • Emma Donoghue

Quand j’ai reçu ce roman et que j’ai lu son résumé, j’y ai vu une plongée dans l’Histoire en miroir avec notre actualité mondiale et une large part de féminisme qui le rendait très intéressant. J’avais déjà entendu parler de l’autrice, qui a précédemment écrit Room, et j’ai donc pensé que cette lecture pourrait sans doute être une excellente idée. Il est sorti en août pour la rentrée littéraire 2021 et je remercie les éditions Presses de la Cité de me l’avoir envoyé.

Résumé …

En pleine pandémie de grippe espagnole, l’ancien monde est en train de s’effondrer. À la maternité, des femmes luttent pour qu’un autre voie le jour. 1918. Trois jours à Dublin, ravagé par la guerre et une terrible épidémie. Trois jours aux côtés de Julia Power, infirmière dans un service réservé aux femmes enceintes touchées par la maladie. Partout, la confusion règne, et le gouvernement semble impuissant à protéger sa population. À l’aube de ses 30 ans, alors qu’à l’hôpital on manque de tout, Julia se retrouve seule pour gérer ses patientes en quarantaine. Elle ne dispose que de l’aide d’une jeune orpheline bénévole, Bridie Sweeney, et des rares mais précieux conseils du Dr Kathleen Lynn – membre du Sinn Féin recherchée par la police. Dans une salle exiguë où les âmes comme les corps sont mis à nu, toutes les trois s’acharnent dans leur défi à la mort, tandis que leurs patientes tentent de conserver les forces nécessaires pour donner la vie.

Mon avis …

Alors que je trouvais que mon année 2021 manquait de coups de coeur, ce roman m’a donné tort. Ce fut une très, très grande claque, et l’une de mes plus belles lectures de ces dernières années. J’ai tellement aimé ce livre qui m’a captivée, tenue en haleine, bouleversée, fait frissonner, émue aux larmes, terrifiée. Je suis passionnée de romans historiques, et d’autant plus quand ils mêlent autant d’émotions que celui-ci. Je l’ai vécu, du début à la fin, et j’espère réussir à lui rendre justice avec mes mots.

Impossible de ne pas voir dans cette histoire un terrible reflet de notre actualité sanitaire. En nous plongeant dans le Dublin de la Grippe Espagnole, au coeur d’un service de maternité de femmes infectées, l’autrice nous renvoie énormément d’éléments de notre quotidien. Cette épidémie a fait plus de mort que la Première Guerre Mondiale (3 à 6% de l’espèce humaine selon les recherches de l’autrice), et il est assez perturbant de constater que ce que nous traversons est loin d’être si exceptionnel, mais surtout de voir les conditions dans lesquelles cette grippe était vécue et traitée. Aucun vaccin à l’époque, et des moyens médicaux bien moins avancés qu’aujourd’hui, qui rendaient l’exercice de la médecine particulièrement compliqué. Nous suivons Julie, une infirmière passionnée, qui se dédie corps et âme pour ses patientes. Passionnée par son métier, elle manque pourtant cruellement de moyens, et doit faire du mieux qu’elle peut avec les armes dont elle dispose.

Nous sommes à l’époque où les femmes luttaient beaucoup pour leurs droits, et ce service de maternité qui reçoit des femmes enceintes et qui voit s’impliquer des femmes infirmières, médecins, sages femmes, est le coeur même de ces combats. On assiste à ces instants de vie aussi beaux que terribles, à ces grossesses qui ne bénéficiaient pas du suivi médical que nous avons désormais, à ces nouveaux-nés qui devaient lutter pour vivre, à ces complications médicales et à ces moments de bonheur suspendus. Ce roman est écrit d’une façon très particulière car il nous fait vivre ces journées en détails, où nous assistons, comme en apnée, à l’évolution des accouchements presque seconde après seconde, où nous souffrons avec les patientes et luttons avec Julie, et où une fois la journée terminée, nous réalisons à quel point ce métier est exigeant.

On a tendance à oublier à quel point l’obstétrique est une spécialité complexe, à quel point aucune grossesse n’est sans danger, et combien la maternité est bien souvent liée à la mort, que ce soit dans le cas de fausses couches, de nourrissons morts-nés ou de décès des mères. A l’époque, c’était encore plus fréquent en raison du suivi des grossesses qui était plus qu’approximatif. Les personnages de ce roman sont d’une grande force et d’une humanité bouleversante. Les notes de l’autrice à la fin du livre nous permettent aussi de comprendre à quel point le roman s’inscrit dans des faits historiques réels. C’est un ouvrage précieux qui m’a aidé à percevoir cette période historique sous un autre angle, celui des soignants qui, sans donner de leur être au combat, luttaient pour en maintenir tant d’autres en vie. Ce livre nous permet aussi de remettre un peu en perspective notre propre vécu, et la chance que nous pouvons avoir de vivre une épidémie à notre époque, dans un pays qui nous permette d’accéder aux soins gratuitement, librement. Il montre à quel point les soignants sont indispensables, à quel point nous devrions tout faire pour alléger leur travail quotidien et il ne fait que mettre en lumière cette dette que la société toute entière a envers eux.

C’est un roman historique passionnant qui est une véritable immersion dans une époque et un contexte de crise sanitaire comme nous pouvons le connaître, mais c’est aussi une lecture aussi riche que difficile, avec certains passages qui sont presque insoutenables. L’autrice nous emporte sans jamais nous lâcher la main et réussit à nous captiver du début à la fin, en proposant ce qui est quasiment un huis-clos. Le pari n’était pas évident, mais c’est à mes yeux une véritable pépite, un livre dont je me souviendrai toujours, et une histoire vraiment marquante. J’aime tellement découvrir des livres qui me transportent à ce point, avec cette certitude que je n’ai rien lu de tel jusqu’à présent. C’est une sensation rare quand on lit beaucoup, et c’est en cela que ce roman est aussi précieux à mes yeux. Si vous êtes sensible à la cause féministe, aux combats des femmes pour leurs droits, si vous aimez les romans historiques et si vous voulez être captivé, et ressentir des milliers d’émotions très fortes, alors ne passez pas à côté de ce roman exceptionnel.

Pour résumer …

L’une de mes plus belles lectures de ces dernières années, qui nous emmène dans le Dublin de la Grippe Espagnole, dans un service de maternité de femmes infectées. C’est un roman historique très riche, très fort, qui nous fait vivre mille émotions et dont l’humanité ne peut que nous bouleverser. Inoubliable.

Ma note : ★★★★★★
(20/20)

4 réflexions sur “Le pavillon des combattantes • Emma Donoghue

  1. Ta chronique est tellement dithyrambique que je suis allée l’acheter ce midi 😅 Il y a des chroniques comme celle-ci qui convainquent directement sans avoir à réfléchir.

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